Chaque année, le 1ᵉʳ avril est l’occasion d’un rituel bien connu : blagues, fausses informations, farces dans les écoles, les familles ou même les médias. Ce jour-là, chacun guette le fameux "poisson" qui viendra le surprendre, le faire rire ou parfois le piéger gentiment. Mais derrière ce moment de légèreté populaire se cache un enjeu souvent oublié : l’accessibilité de cette fête aux personnes en situation de handicap.
L’humour, un langage universel ?
L’humour est souvent présenté comme un langage universel. Pourtant, les formes qu’il prend dans notre société ne sont pas toujours inclusives. Les canulars du 1ᵉʳ avril reposent parfois sur des codes visuels, sonores ou cognitifs qui ne sont pas accessibles à tout le monde.
Prenons l’exemple classique du poisson en papier collé dans le dos. Simple, me direz-vous ? Pas tant que ça si l'on pense aux enfants ayant une déficience visuelle. Comment repérer le poisson collé sans l’aide d’un tiers ? Autre situation fréquente : les blagues diffusées à la radio ou sur internet avec des jeux de mots, des doubles-sens ou des subtilités de langage qui peuvent exclure certaines personnes en situation de handicap intellectuel ou troubles DYS (dyslexie, dysphasie, etc.).
Des initiatives pour un 1ᵉʳ avril plus inclusif
Heureusement, de nombreuses écoles, associations et familles inventent chaque année des poissons d’avril accessibles. On voit ainsi apparaître des poissons tactiles pour les enfants aveugles, des blagues adaptées en Langue des Signes Française (LSF) ou encore des devinettes simplifiées pour les enfants avec un trouble du langage.
Certaines structures comme les IME (Instituts Médico-Éducatifs) ou les classes ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) créent même leurs propres "journées du rire" en tenant compte des spécificités de leurs élèves. Le but ? Que chacun puisse participer, comprendre, et surtout rire avec les autres.
Les médias aussi ont leur rôle
Depuis quelques années, plusieurs médias tentent d’adapter leurs poissons d’avril en les rendant plus accessibles. Certains proposent des vidéos sous-titrées, des versions en LSF, ou des formats audio plus clairs. C’est encore rare, mais cela témoigne d’une prise de conscience progressive. D'autant que l’humour reste un formidable levier d’inclusion s'il est pensé pour toutes et tous.
Rire sans blesser
Autre point essentiel : éviter les blagues stigmatisantes. Trop souvent encore, les personnes en situation de handicap sont la cible directe ou indirecte de plaisanteries de mauvais goût. Or, l’accessibilité, ce n’est pas seulement technique. C’est aussi faire en sorte que l’humour ne renforce pas les stéréotypes, mais au contraire, favorise le vivre-ensemble.
Et si on réinventait le poisson d’avril ?
Imaginez un poisson d’avril où l’on penserait à tout le monde : des histoires racontées en audiodescription, des jeux de piste adaptés, des vidéos humoristiques en LSF, des blagues visuelles compréhensibles même sans texte. Un poisson d’avril joyeux, créatif, où chacun pourrait rire sans se sentir à l’écart.
Finalement, ce n’est peut-être pas si compliqué : il suffit d’un peu d’attention, de créativité, et surtout d’écoute. Parce que le rire, lui, est vraiment universel… à condition d’être partagé.
Auteur
Mayeul BERETTA
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