Depuis de nombreuses années, Marine Le Pen et le Rassemblement National (RN) se sont efforcés de repositionner leur image sur des thématiques sociales souvent négligées par l'extrême droite, parmi lesquelles la question du handicap. Pourtant, à l'heure du verdict retentissant de la justice concernant l'illégitimité présidentielle relayée dans la presse, il est essentiel de dresser un bilan honnête et critique de l’action (ou de l’inaction) de Marine Le Pen en matière de handicap.
Le handicap dans les programmes de Marine Le Pen : entre intentions et flous
Dès sa première campagne présidentielle en 2012, Marine Le Pen avait intégré le handicap dans ses préoccupations, sans pour autant lui accorder une place centrale. Les propositions restaient souvent générales : amélioration de l'accessibilité, meilleure prise en charge financière, renforcement du statut des aidants familiaux. Si ces engagements semblaient bienvenus sur le papier, leur concrétisation est restée limitée, faute d’un véritable plan d’action chiffré et détaillé.
En 2017, puis en 2022, la candidate du RN a davantage insisté sur la notion d’équité et de justice sociale, promettant de renforcer la politique du handicap, notamment en augmentant l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) et en revalorisant les pensions d'invalidité. Néanmoins, ces propositions, souvent floues dans leur financement, n’ont jamais vraiment rassuré les associations du secteur.
Une attention opportuniste ?
Les observateurs ont souvent pointé du doigt une instrumentalisation du sujet par Marine Le Pen, qui utilisait régulièrement le handicap pour illustrer les défaillances de l’État sans pour autant proposer une politique structurée. Par exemple, lors des débats sur la déconjugalisation de l'AAH, la candidate a pris position tardivement, et sans réelle implication dans les dynamiques parlementaires.
De nombreuses associations dénonçaient aussi l’absence de concertation et d'écoute réelle de la part du RN. À cela s’ajoute une certaine ambiguïté : la défense des personnes en situation de handicap était parfois mise en tension avec d'autres propositions du RN, notamment sur la limitation de l’immigration ou la réduction de certaines aides sociales, susceptibles d’impacter indirectement les personnes en situation de handicap.
Après la présidentielle : une situation figée
Depuis l’élection contestée et l'installation de Marine Le Pen dans un rôle institutionnel plus affirmé, les avancées sur la question du handicap sont restées symboliques. Certes, quelques propositions de lois du RN ont tenté de s’attaquer à la question de l’accessibilité ou de l’emploi adapté, mais sans jamais déboucher sur des réformes notables.
La société civile et les associations n'ont cessé d'alerter sur le décalage entre les discours du RN et la réalité de terrain : manque de financement, peu de soutien aux structures d’accueil spécialisées et surtout, aucune réforme de fond du modèle français d'accompagnement du handicap.
La décision de justice : un coup de tonnerre
C’est dans ce contexte déjà tendu que la décision historique de la justice, déclarant l'illégitimité présidentielle de Marine Le Pen, est tombée. Cette décision, abondamment relayée par la presse nationale et internationale, remet en question non seulement la légitimité démocratique de son exercice du pouvoir, mais jette aussi une ombre supplémentaire sur la crédibilité de ses engagements sociaux, notamment sur le handicap.
Les associations de personnes en situation de handicap, déjà sceptiques, voient dans ce coup de théâtre la confirmation d’un profond malaise. Comment accorder confiance à un leadership contesté sur la forme même de son élection, quand, sur le fond, les avancées restent quasi inexistantes ?
Auteur
Mayeul BERETTA
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